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 Le royaume des chats (2002)

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Dragonskiller
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MessageSujet: Le royaume des chats (2002)   09.05.09 22:55


Titre original: Neko no Ongaeshi
Oeuvre originale : Baron - Neko no danshaku / Le Chat Baron (Editions Tokuma), de Aoi Hiiragi
Scénario : Reiko Yoshida
Réalisation : Hiroyuki Morita
Projet : Hayao Miyazaki


L'histoire:

Ce jour-là, tout va mal pour la jeune Haru. Parce qu'elle ne s'est pas réveillée, elle arrive en retard au lycée. Ensuite, parce qu'elle se fait humilier devant Machida, le garçon dont elle est secrètement amoureuse... Mais sur le chemin du retour, elle sauve la vie d'un chat qui manque de se faire écraser par un camion. Il s'agit en fait du Prince du Royaume des Chats! Les chats ont désormais une dette envers Haru. Ils la comblent de cadeaux et l'invitent dans leur Royaume. Là, elle devra épouser le Prince Loon. Mais le veut-elle vraiment?

Neko no Ongaeshi a eu le redoutable honneur au Studio Ghibli de succéder à Sen to chihiro no Kamikakushi.( le voyage de Chihiro).Pour sa première réalisation de Hiroyuki Morita signe un film frais et divertissant et nous fait espérer une relève de qualité au sein du studio Ghibli
Neko no Ongaeshi est une sorte d'ovni dans la production du studio Ghibli, comme a pu l'être, dans un tout autre style, le téléfilm Umi ga kikoeru. Cette oeuvre est la première réalisation de Hiroyuki Morita et montre la volonté de Ghibli de parier sur la prochaine génération d'animateurs et de réalisateurs travaillant au studio. Cette relève ne se substituera évidemment pas à Takahata et à Miyazaki, tous deux étant uniques et irremplaçables. Pourtant, après le triomphe du Voyage de Chihiro, tout le monde attendait la succession avec impatience. Le choix de Morita a alors été net et perspicace. En ne jouant pas dans la même cour que ses deux mentors, le réalisateur a fait de son film une oeuvre qui évite la comparaison facile. Comme l'héroïne du film, Morita a compris qui il devait être lui-même.


Un hommage à l'animation américaine ?

Beaucoup de critiques avaient vu dans le Voyage de Chihiro une référence certaine aux œuvres phares de l'écrivain anglais Lewis Caroll, Alice au Pays des Merveilles et de L'autre côté du miroir. L'histoire d'une petite fille en quête d'identité dans un pays à la fois étrange et merveilleux. Miyazaki s'est pourtant toujours défendu d'une inspiration directe des deux ouvrages et ne voyait au mieux qu'une influence inconsciente. En revanche, la comparaison paraît particulièrement pertinente si l'on compare Le Royaume des chats et l'œuvre de Caroll, ou tout du moins, l'adaptation fort réussie de Disney.

Ainsi, comme Alice, Haru est une petite fille tête-en-l'air, peu attentive aux cours et, surtout une douce rêveuse. Elle pénètre dans un monde étrange grâce à un tiers personnage, ici le roi qui désire voir la jeune fille à ses côtés, ce qui évoque évidemment le monde d'Alice. La tyrannique Reine de cœur est remplacé par l'inquiétant Roi des chats. Comme son illustre « ancêtre », il prend un malin plaisir à humilier ses proches, à se faire obéir sans condition et à faire tuer le moindre courtisan lui déplaisant. La vie semble être pour lui une grande partie de cricket, s'amusant de la fuite de Haru et du Baron à l'idée de devoir les pourchasser, faisant sauter sans remords une immense tour sans en mesurer les risques,… bref l'archétype même du roi tyrannique et sans morale, très loin de l'univers de Miyazaki et de Takahata et en revanche, bien plus proche de l'adaptation d'Alice au Pays des Merveilles par Disney.

Plus généralement, comme dans les Disney, la longueur du film est un de ses principaux atouts : on n'a pas le temps de s'ennuyer, les péripéties se succédant à un rythme soutenu. Aucun moment contemplatif, comme chez Miyazaki ou Takahata, n'est réellement mis en place. Morita opte également parfois pour une mise en scène assez conventionnelle pour un dessin animé, fort éloignée de la production habituelle d'un Ghibli, qui s'inspire plus des films en prise de vue réelle. Ainsi lorsque le Roi, lors d'un banquet, décide de jeter toute personne qui ne l'amusera pas par la fenêtre on pense immédiatement au ressort classique des films d'animation américains ou aux cartoons, le dernier en date étant Kuzco. Morita prend un parti pris résolument comique avec ce running gag, dans lequel le spectateur ne voit aucune violence directe et encore moins la mort de la pauvre victime, mais un vol plané risible et drolatique.

Morita semble également volontairement choisir la voie de la caricature quant aux caractères de ses personnages. Muta symbolise le personnage renfrogné, mais toujours sarcastique et courageux, le Baron incarne le parfait gentleman, presque insipide par sa perfection, le valet du Roi est forcément obséquieux et la jeune Neige est un modèle de gentillesse et de bonté. Peu de nuances donc dans ses personnages, ce que l'on peut parfois regretter pour un Ghibli, mais qui place cette ouvre dans une grande tradition d'animation « à la Disney ».


Ainsi, le défilé des chats, en plein milieu de la nuit, est une des scènes fortes de ce film et montre la maîtrise scénique du jeune réalisateur. La musique étrange qui perce l'obscurité et les lumières dansantes et lointaines intriguent immédiatement le spectateur et le plonge dans une contemplation muette de la scène qui se déroule sous ses yeux. La bonne idée de Morita est alors de représenter un défilé royal japonais tout à fait traditionnel mais où des chats prennent la place des humains. On reconnaît et identifie donc immédiatement la scène, avec des serviteurs, des courtisans, un sage conseiller, le valet et l'empereur, mais on s'émerveille et l'on s'amuse de cette transposition dans le monde animalier. La touche d'humour de cette scène est bien évidemment la protection du roi par des chats dont la robe évoque des costards de gardes du corps. Ce court instant plonge le spectateur dans le même état d'hébètement que Hauru, sans toutefois le dépayser complètement, ce qui est un équilibre difficile à atteindre pour un metteur en scène.



Au final, Neko no Ongaeshi est un film qui ouvre peut-être une nouvelle ère au studio Ghibli. Les qualités certaines de ce premier joli long-métrage et le succès remporté au Japon laissent présager une suite de carrière prometteuse. Tout en réalisant un film radicalement différent des précédentes productions, Morita a su préserver les captivantes scènes d'actions et l'humanisme touchant qui caractérisent les films du studio. Cette aventure féerique n'est peut-être pas aussi inspirée et profonde que Le Voyage de Chihiro, mais elle ravira petits et grands. N'est-ce pas ce qu'on attend d'un excellent divertissement ?

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